Quelques réponses aux idées reçues :
« On ne peut pas accueillir tout le monde »
Cette idée revient dans chaque conversation autour de la politique d’immigration. « Dans l’absolu bien sûr il faudrait garantir l’égalité des droits, l’ouverture au monde, mais il faut être réaliste, on ne peut pas accueillir tout le monde. »
Et si l’utopie était plutôt de penser qu’on pouvait fermer nos frontières ? En effet, être réaliste c’est comprendre que les migrations sont inhérentes à l’espèce humaine. Elles ne sont pas plus importantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient par le passé. Aujourd’hui seulement 3,3% de la population mondiale ne réside pas dans son pays de naissance. Et les migrations du Sud vers le Nord représentent moins de 40% des migrations internationales.
De plus, la France n’est pas un pays d’immigration massive. Les étrangers et les immigrés représentaient, en 2008, 8,4% de sa population contre 13,7% pour les Etats-Unis ou 14,1% pour l’Espagne.
Etre réaliste c’est comprendre que la société française est diverse et métissée, que ses frontières ne seront jamais hermétiques et qu’il est de notre devoir d’accueillir dignement les personnes étrangères venues travailler, étudier ou s’installer en France.
« Une politique d’hospitalité va créer un appel d’air »
Régulariser les personnes en situation irrégulière, que l’on estime représenter entre 0,3% et 0,6% de la population française, leur accorder des titres de séjour stables, serait dangereux car cela créerait un « appel d’air ». Or les politiques de lutte contre l’immigration ne peuvent véritablement ni encourager ni empêcher les migrations. Les migrants ne prennent pas la route en fonction des politiques des pays d’accueil. Ce sont les situations politiques, économiques, sociales ou écologiques des pays d’origine qui causent les départs.
« Une politique d’hospitalité ça coûte trop cher »
On entend souvent dire que « accueillir dignement les personnes étrangères c’est un luxe que la société française, en crise, ne peut pas se permettre ».
Pourtant, les migrations sont d’abord une richesse pour les pays d’accueil. Ainsi, une équipe d’économistes de l’université de Lille, sous la direction de Xavier Chojnicki, ont estimé que les migrants rapportaient quelques 12 milliards d’euros à l’État français. En effet, les étrangers travaillent et paient des cotisations sociales. Lorsqu’ils sont en situation irrégulière ils n’ont droit à aucune prestation sociale, pourtant ils paient des impôts. Malgré la réalité des faits, les migrants sont communément accusés de vivre au crochet de l’État.
La seule aide sociale à laquelle ils aient droit est l’Aide médicale d’État. De nombreux politiques dénoncent le coût de cette aide, qui permet aux étrangers en situation irrégulière d’avoir accès aux soins. Pourtant, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de novembre 2010 souligne que plus l’accès aux soins est limité, plus les personnes tardent à se faire soigner. Leur état de santé s’aggrave et les soins coûtent plus chers. En termes de santé publique (accès à la prévention, généralisation des maladies, etc.), limiter l’aide médicale d’Etat est très dangereux.
Enfin, il ne faut pas oublier que ce sont les migrants qui font fonctionner des pans entiers de l’économie (restauration, bâtiment, etc.).
Par contre, la politique de lutte contre l’immigration irrégulière, coûte, elle, une fortune. En 2010, plus de 90 millions d’euros y ont été dédiés. On estime ainsi qu’une expulsion coûte en moyenne 20 000 euros même s’il est très difficile d’obtenir des chiffres fiables à ce sujet.
Invoquer les coûts économiques pour rejeter des politiques migratoires alternatives n’est donc pas pertinent.
« A court terme, rien n’est possible »
Pris dans une logique européenne sécuritaire, il semble aujourd’hui impossible de faire changer à court terme la politique migratoire.
Pourtant La Cimade fait des propositions très concrètes, qui peuvent être mises en œuvre immédiatement par un gouvernement décidé.
Ainsi, accorder le droit au travail des demandeurs d’asile serait une mesure simple à adopter. Cela permettrait aux demandeurs d’asile de subvenir à leurs propres besoins sans être dépendants de l’Etat et de s’intégrer à la société française, au lieu d’être en « quarantaine sociale » pendant toute la durée de la procédure qui peut aller jusqu’à deux ans.
Aujourd’hui, on peut voir ainsi des demandeurs d’asile qualifiés dormant dans la rue ou dans les hébergements d’urgence faute de place dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Sans droit au travail, ils sont obligés d’attendre ainsi le verdict de l’Ofpra, sans rien pouvoir faire sinon appeler le 115.